Je fais connaissance avec la Loire

Je vais revenir d’un mot sur l’étape d’hier où le tragique l’a disputé au comique. Car il me reste un fond de bile qui n’est pas passé.

Première remarque de mauvaise foi. Apprend, cher aménageur de la DDE, que le routier sur le chemin n’est pas un être ordinaire. Il y a les jambes qui tournent inlassablement, machinalement.

Et il y a l’esprit qui a décroché, qui voyage dans des pays dont les esprits chagrins n’ont pas même l’idée. Jambes et têtes sont déconnectées. Un petit panneau riquiqui, caché dans les fourrés, n’est pas suffisant. Il faut un ensemble d’indices, de signes très visibles ou imperceptibles qui va permettre à la machine de prendre la bonne bifurcation sans que l’esprit ait à intervenir.

Deuxième remarque d’encore plus mauvaise foi. Chapeau bas pour la piste cyclable qui va de Chapelle à Nantes; c’est la crème de la crème. Mais pourquoi préciser sur le panneau « Nantes, 28mn » puis sur le suivant, atteint péniblement 10mn plus tard, « Nantes, 25mn ». Oh! Je vois clair dans votre jeu, j’ai compris le non dit qui est « Mais qu’est ce que tu fous? Bouge tes fesses, faignasse ». C’est pas chouette. Non, vraiment pas chouette.

Petite crise d’anglophobie

Je quitte le camping de Thouaré de bonne heure; c’est parti pour une séance de brumisation gratuite. Je prends le chemin qui borde la Loire, vraiment très bien fait; tantôt du goudron, tantôt un sentier bucolique.

Un petit sentier, qui sent la noisette.

Personne ne me double, ce qui veut dire que je mène une bonne allure. Par contre, je croise plein de cyclistes qui viennent dans l’autre sens. Des sujets de sa Gracieuse Majesté pour la plupart. l’Anglois est là; faut l’avouer, c’est lui qui a gagné la partie. Tout à l’heure j’ai croisé une « Boulongery-Patissery ». Fi! Non Môssieur le fabricant de mauvais pain, vous ne méritez pas le beau nom de boulonger, pardon de boulanger.

Même hier soir, mon crêpier breton, dans le camping, m’a parlé de son foude-treuque. C’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton, —par exemple, tenez : populaire « viens becqueter une galette saucisse dans mon bus à bouffe »; moderne « venez déguster une galette reblochon dans ma crêperie mobile »; modeste « je sers des complètes dans ma carriole à crêpes ».

Le pire du pire c’est le journaleux de la radio nationale, payé avec nos impôts, qui fait le malin en nous infligeant ses anglicismes.

Dis, t’en souviens tu?

A partir de maintenant j’emprunte un circuit, déjà utilisé l’an dernier dans d’autres circonstances.

St Florent-le-vieil. J’y arrive par la promenade Julien Gracq (1910-2007), né natif de St Florent. Je m’arrête parfois pour lire des extraits des Lettrines sur un panneau. C’était, je crois, un familier d’Argol en Presqu’ile. Mais non, je ne monterai pas jusqu’à l’esplanade d’où l’on a une superbe vue sur la Loire. Car je sais, pour l’avoir fait l’an passé, qu’on y accède par un sacré raidard, traitre et cruel. Pour rendre homage au grand home je m’arrête à l’Hostellerie de la Gibelle mais « non Monsieur, le bar n’est pas encore ouvert, seulement le restaurant ». Bon, au moins j’aurais essayé. Topette St Florent (au revoir en patois local).

Montjean sur Loire où nous avions gité. Même qu’on était arrivé avant un gros orage. Ses statues métalliques sur la berge.

La café Lénine, juste avant Chalonnes. J’aurais voulu m’y arrêter pour déguster une bonne bière marxiste-léniniste mais il était réservé pour une soirée privée.

Le café Lénine

Après avoir traversé un pont pour la nième fois et ne plus savoir sur quelle rive je me trouve, j’avise une jolie cycliste et lui demande « C’est par où Rochefort? », « Par là, tout droit, à 4km environ ».

C’est quand qu’on arrive ? (ton geignard)

Au bout de 4km sous la pluie je demande à un pêcheur: « Rochefort, c’est encore loin? », « Environ 8km »… Ah! Les femmes!

A partir de là ça devient un pèlerinage expiatoire. La Possonière et ses jolies péniches. Pour monter au bourg je passe sur le 15 dents; ça tire encore trop. De rage je descends de machine.

A cet instant, une fulgurance. Cette expression que j’ai entendu tant de fois dans la bouche de V. mon filiot (si tu nous r’garde), entre Rosporden et Morlaix puis entre Morlaix et Chateaulin alors qu’il n’avait pas 6 ans. L’an passé pendant les 60km de la PLB alors qu’il n’avait pas 9 ans. Comment ai-je pu le soumettre à ça?

V. I feel your pain (Clinton). J’en suis à un tel point d’empatie que j’attends la main de papy qui va me pousser dans le dos. Mais papy est sur son vélo, ahanant, arquebouté sur les manivelles.

Soudain j’aperçois un panneau Rochefort; encore un pont, un dernier coup de jarret et j’arrive au camping Plages de Loire; pour moi, aujourd’hui, il s’appellera Paradis.

Ils ont même un restau. Je ne suis pas un grand fan de la néfaste-foude mais je sens que, ce soir, je vais dévorer un bon hambourgeois.

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Un commentaire

  1. Le chemin change le bonhomme !!!!
    Te souviens-tu L si tu lis ce message, du plat que ton père nous avait fait, parce que que la pizzeria de Nantes servait des pizzas « home made »et qu’il refusait de manger dans un restau qui utilisait des anglicismes !
    V’là-t’y pas qu’il mange dans un « food truck » et qu’il se restaure de hamburger ! A quand le coca ?!

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